Formé à l’OL, Kelly Youga évolue en Angleterre depuis l’été 2005. Charlton, Bristol City, Bradford, Scunthorpe, Yeovil, Ipswich et l’AFC Wimbledon ont jalonné son parcours. Ces derniers mois, il les a passés chez les Dons, qui se sont sauvés à la dernière journée de League Two (D4). Et si Youga n’a joué que trois matchs, ce n’était pas parce qu’il était mauvais, mais car il jouait trop au football ! Des mots sortant de la bouche du manager, Neil Ardley, qui fantasme d’une renaissance du fameux Crazy Gang…

kelly_youga-wimbledon
27 avril. L’AFC Wimbledon reçoit Fleetwood à Kingsmeadow. Bondée, l’enceinte éructe quand l’icône locale, Jack Midson (29 ans, meilleur buteur du club avec 15 buts cette année), score le penalty vainqueur. Succès 2-1 des Dons qui assure leur maintien grâce au revers de Barnet, un autre club londonien. « Pour l’histoire du club et tous nos fans, descendre serait terrible », nous expliquait la veille Kelly Youga, arrivé en mars après une escale de deux mois sans succès à Ipswich (D2). « Je m’entraînais dans un petit club, Peckham. Ça m’a remis en forme. Il y a notamment Goma Lambu là-bas (Anglo-Congolais de 28 ans passé par Millwall et une dizaine de petits clubs londoniens). J’ai eu cette proposition. Ce n’était pas la fortune, mais j’avais besoin de jouer. Ça fait presque trois ans que je suis en galère. » La faute à une interminable blessure au genou alors que Youga venait d’accomplir sa plus belle saison (2008/2009) avec Charlton, alors en Championship (D2).

Depuis, le latéral gauche n’a jamais pu retrouver durablement une place de titulaire, sauf en sélection centrafricaine, où il a endossé le rôle « de grand-frère » avec Eloge Enza-Yamissi, le capitaine de Troyes. De fait, lorsque l’ancien Lyonnais arrive à Wimbledon, sa technicité est difficilement comparable avec certains joueurs, comme le grand Pim Balkestein (Néerlandais de 26 ans qui a quitté le club cet été). « Lui, il n’a vraiment pas de pieds. Mais c’est ce que le coach recherchait. Il ne voulait pas qu’on joue au football… »

« Le coach m’a dit que j’étais trop intelligent pour jouer dans cette équipe »

Le manager en question est Neil Ardley, revenu aux affaires début octobre, dix ans après avoir quitté le club comme joueur. A l’époque, il était un des historiques du fameux Crazy Gang, ayant rejoint les Dons à 11 ans. Arpenteur du couloir droit, Ardley (245 matchs et 18 buts) était sans doute l’un des joueurs les plus fins techniquement de ce groupe si particulier. Et lorsque sa nomination comme manager de Wimbledon fut effective, il s’empressa de balayer les souvenirs du Crazy Gang.

Pourtant, le quotidien des Dons rappelle furieusement le jeu ultra-physique des Nineties. « Il rêve de ça », confirme Youga. « Wimbledon veut retrouver l’esprit Crazy Gang je pense. Ce que le coach recherche, c’est des grands ballons devants et des mecs costauds mettant des coups. Quand j’ai commencé à jouer, je ne savais pas trop ça. Je montais comme un latéral, j’essayais de centrer, de jouer. Il m’a dit : mais qu’est-ce que tu fais ? (Rires) Il fallait juste que je dégage devant et que j’assure derrière. » Cette différence de pensées footballistique va écarter le Centrafricain, qui ne jouera que trois matchs. « Il est venu me dire que j’étais trop intelligent pour jouer dans cette équipe. Je n’y croyais pas. Trop intelligent ? Et pourtant, il me l’a dit ! » Youga se contentera du banc ou des tribunes pour suivre la fin de saison de son équipe et de sa bouillie de jeu. « Le pire, c’est qu’il a rabaissé tous les titulaires quand ils ont essayé de jouer « normalement ». C’était lors d’une opposition contre les remplaçants, on gagnait d’ailleurs. Il leur a hurlé dessus, en disant qu’il n’avait pas le niveau pour faire autre chose. Qu’il fallait balancer, courir et aller au duel. C’est vrai qu’on n’avait pas des supers joueurs, mais il y avait quand même de bons joueurs de ballon. Tu prends Jack Midson, c’est vraiment un fort attaquant. Il est costaud, bon techniquement, il remise, il finit bien. Mais on lui balançait tellement les ballons n’importe comment qu’il s’épuisait… »

« Il n’avait presque plus de pelouse. Le coach était refait ! »

Dans son aventure de deux mois avec l’AFC Wimbledon, Youga se souvient aussi d’un déplacement à Aldershot. « Il n’y avait presque plus de pelouse. Le coach était refait ! (Rires) Il nous a dit :’Today, we play pitch conditions !’ On a gagné 1-0 d’ailleurs. » Un bon champ de patate comme aux heures mythiques de Plough Lane, le théâtre de Wimbledon jusqu’en 1991. Un autre siècle, où les Dons ferraillaient dans l’élite.

Aujourd’hui, cette magie fait encore fantasmer les nostalgiques et ceux critiquant le « manque d’âme » du football anglais. Mais est-ce que les fans de cet AFC Wimbledon se battant pour survivre en League Two (D4) veulent encore d’une saison où le ballon passe plus de temps en l’air qu’au sol ? « Ils sont extraordinaires quand même car ils ont toujours été là pour nous soutenir. Ils n’ont rien dit alors que franchement, on n’était pas beau à voir jouer », sourit Youga, qui ne restera pas à Kingsmeadow l’an prochain.

Retrouvez dans la semaine le portrait de Kelly Youga !

NB : En prolongement, n’oubliez pas la trilogie des Teenage Kicks sur le Crazy Gang 


LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici