Fouad BachirouLe milieu français de Greenock Morton, Fouad Bachirou (23 ans), terminera cette saison de Scottish First Division (D2) à la deuxième place, derrière Partick Thistle. Si les Jags sont les seuls à monter en SPL, « Fred » comme il se fait surnommer ici, n’en demeure pas moins un homme heureux. Après une première partie consacrée à sa formation au PSG et à ses pensées sur le métier de footballeur, il vous fait pénétrer dans son quotidien en Ecosse.

Tu évolues depuis trois saisons à Morton. Pourtant, tu es souvent passé à deux doigts de quitter le club.
J’ai toujours fait part de mon envie de progresser, de partir. Je suis bien ici, c’est un bon club, mais le problème, c’est qu’il n’y a pas les infrastructures pour aller vraiment plus haut. C’est ce qui m’a toujours dérangé. J’avais exprimé mon intention de quitter le club à la fin de ma première année, mais on a renégocié et les fans m’envoyaient tous les jours des messages : « On espère que tu resteras avec nous, etc. » Ce sont des petits détails, des trucs tout cons, mais ça touche. Puis j’en ai parlé à ma famille et je me suis dit que je n’avais pas fait une saison pleine, que je ne pouvais pas prétendre à mieux.
Je suis donc resté et j’ai été élu joueur de l’année au club. Il y avait des clubs plus ou moins intéressés en Ecosse et en Allemagne. Je voulais partir, j’étais décidé. J’ai quitté le club mais vu que j’avais moins de 23 ans, Morton a demandé des compensations vu que c’est possible au Royaume-Uni. C’était la galère pour les clubs intéressés. Dans ma tête, je ne voyais vraiment pas revenir. Je voulais passer à autre chose. Mais je suis revenu et j’ai signé assez tardivement puisque j’avais manqué les deux premiers matchs. Au final, je me suis rendu compte que j’ai trop précipité les choses. J’ai voulu forcer un départ. Or, ce sont les clubs qui devaient venir à moi et non l’inverse. C’est pour ça que j’avais signé deux ans.

L’été dernier, j’ai lu que les fans avaient même organisé une réception spéciale pour le dernier match de la saison…
(Il coupe) Ils ont organisé un thème français. Ils sont tous venus avec des drapeaux, des bérets, des petites moustaches, des baguettes. Il y avait un grand drapeau français dans une tribune, c’était hallucinant ! Ils chantaient : « Fouad, reste avec nous s’il te plait ! » Ils ont aussi réussi à faire venir ma mère de France en lui payant son avion. Je lui avais déjà demandé si elle voulait venir, mais elle m’avait dit qu’elle travaillait, etc. J’ai su le vendredi que les fans s’étaient occupés de cette surprise et je suis allé la chercher à l’aéroport. C’était une grande émotion… (Il marque une pause) Faire venir ma mère, ce drapeau français avec l’inscription, c’était exceptionnel. C’était l’idée d’un fan qui en avait parlé sur Facebook. C’est parti comme ça et pfff ! Inoubliable.

Fouad Bachirou

Cette saison, vous avez lutté avec Partick Thistle pour la montée avant de céder sur la fin. Comment expliques-tu cette progression ? Vous aviez terminé 7e et 8e les deux dernières saisons.
Le coach, Allan Moore, m’avait appelé cet été pour m’expliquer qu’il avait un peu plus de budget et qu’il allait recruter des meilleurs joueurs pour prétendre à la montée. Cette saison, on a produit du beau football. Avant, c’était ce qui me faisait chier. Je n’avais pas l’impression qu’on jouait bien et qu’on prenait du plaisir. Ça a été un grand  changement même si on a concédé trop de matchs nuls. Les blessures ont coûté cher car c’est une ligue vraiment dure. Il n’y a que le premier qui monte. Puis, c’est assez bizarre car tout le monde peut battre tout le monde. Ce n’est pas un cliché, c’est vraiment le cas !

« Ce qu’on demande à un milieu en Ecosse, c’est de marquer »

Au fil des saisons, est-ce que ton rôle à évolué au milieu ?
Cette année, je suis passé dans un rôle un peu plus offensif. On jouait avec une pointe basse et deux joueurs qui se portaient plus vers l’avant, dont je faisais partie. Dans les gros matchs, l’entraîneur faisait parfois des changements tactiques en me mettant devant la défense pour combler tous les trous. Mais de manière générale, il m’a demandé d’être un peu plus offensif. Il voulait que je marque plus. C’est ce qu’on demande à un milieu ici (il rigole). Mais ce n’est pas forcément mon fort (1 but cette année). Je suis beaucoup plus à l’aise pour faire des passes décisives.

Tu n’as pas encore le geste pour claquer des frappes lointaines à l’écossaise ?
(Il rigole) Progressivement, ça arrive. Il faut juste que j’arrête de toucher les poteaux et les barres. J’ai touché six fois le poteau dans les dix derniers matchs !

Anthony Andreu (Livingston, D2) m’avait décrit votre stade comme « assez spécial, puisque les fans sont vraiment tout près du terrain d’un côté. Leur kop était amassé debout derrière un but, juste derrière les cages. Même s’ils n’étaient pas très nombreux en comparaison de Dunfermline, ça poussait fort. C’était marrant car à la moindre décision de l’arbitre, tu voyais plein de personnes se lever et gueuler. Leur mauvaise foi m’avait fait marrer car ça reste bon enfant ». Tu es d’accord avec lui ?
Totalement. Le terrain est assez petit, les fans sont très proches du terrain. Ils sont assez connus pour être très râleur, etc. L’arbitre, il sait qu’il va passer un sale moment chez nous (il rigole). Après, c’est comme tous les supporters je pense, et même nous on râle sur le terrain pour essayer d’influencer l’arbitre. Chez nous, ça gueule beaucoup et sur les derbys, ça fait de supers ambiances.

Adulé à Greenock Morton, Bachirou est rapidement tombé sous le charme de l'Ecosse et de son football, où il vit une aventure humaine extraordinaire
Adulé à Greenock Morton, Bachirou est rapidement tombé sous le charme de l’Ecosse et de son football, où il vit une aventure humaine extraordinaire

Cappielow Park est un des rares stades du Royaume-Uni à faire la part belle à des places debout. Trouves-tu que cela rajoute un peu d’hostilité ?
Exactement et ça fait son charme. D’une vue extérieur, le stade fait assez vieux, mais c’est super beau. En plus, les fans apprécient toujours leur petit stand debout. Ils n’ont jamais eu envie de le changer. Récemment, le présidait disait qu’il aurait dû changer le stade si on montait en SPL. Certains fans étaient contre juste par rapport à l’âme de Greenock.

« A Cowdenbeath, il commençait à faire très sombre à 15h. On ne voyait pas les gens en tribunes depuis le terrain avec leur piste de NASCAR ! »

En parlant d’âme, elle se trouve où celle de Greenock Morton ?
Le président (Douglas Rae). Il est là depuis un long moment, il a aux alentours de 85 ans (ndlr, 82 le 14 juin pour être exact). C’est quelqu’un qui est souvent là : pendant la causerie, avant et après les matchs, où il vient souvent dans les vestiaires pour nous souhaiter bonne chance. Ici, un président s’occupe uniquement des finances et du business. Mais lui, non (il rigole). Il prend part au sportif. Pour le recrutement, je sais qu’il ne donne pas tous les pouvoirs au coach. Quand on organise des matchs amicaux, il veut voir les joueurs à l’essai pour donner son avis. Vu qu’il est un peu vieux, il raconte parfois des trucs qui n’ont pas de trop sens, mais il se permet quand même de parler aux joueurs genre : « Il faudrait que tu fasses comme ça ! » (Il rigole) C’est un personnage, c’est l’âme du club, clairement !

On va terminer par un quizz plus léger. Quelle est la plus belle ambiance que tu as connue ?
PartickMorton, il y a quelques semaines. Il devait avoir 9 000 personnes (8 875), c’était une très, très grosse ambiance. C’est le genre de match que tu as envie de jouer. Sinon, il y a aussi un match contre St.Mirren (SPL) en Coupe. C’est le gros derby donc…

Le vrai traquenard ?
Cowdenbeath (D2). Ma première année, on était parti jouer là-bas en novembre. Il était 15h, mais il commençait à faire très sombre. On ne voyait pas les gens en tribunes depuis le terrain avec leur piste de NASCAR (il rigole). L’horreur, le pire traquenard pour moi.

Quels sont tes coéquipiers à suivre dans les années à venir ?
Michael Tidser (23 ans). C’est un milieu offensif qui sort du Celtic. Il entame sa quatrième année ici, c’est un bon joueur qui peut avoir une très belle carrière devant lui. Je dirais aussi notre arrière droit, Scott Taggart (21 ans), qui fait une très belle saison. Il a été formé à Hibernian.

Est-ce vrai que la légende locale, Peter Weatherston (33 ans le 29 mai, 322 matchs et 94 buts depuis son arrivée en 2003), joue aussi bien en attaque qu’en défense centrale ?
(Il rigole) C’est un attaquant, mais il a bien dépanné derrière l’an passé. Il a aussi joué six matchs arrière droit. Il n’est pas que bon de la tête, il est aussi très fort techniquement. C’est un des joueurs qui m’avait vraiment impressionné à mon arrivée.  Puis, c’est un super gars. Cette année, c’est sa dernière en gros. Il n’est plus titulaire et il va faire son jubilé.

Aurais-tu un autre événement marquant que tu as vécu depuis ton arrivée en Ecosse ?
Quand je suis venu, l’agent qui est venu me chercher à l’aéroport m’a demandé comment je m’appelais. Je lui réponds Fouad. Il me dit : « Répète ? » Ce n’est pas commun ce genre de prénom ici (il rigole). Il n’a pas réussi à le répéter, il est resté sur « Fred ». J’ai dit ok et il m’a emmené à l’entraînement.
Le coach arrive, c’est d’ailleurs son meilleur pote : « Je te présente Fred ! » Je suis arrivé sur le terrain et le coach me présente au groupe : « Les gars, voilà Fred ! » (Il rigole) Le coach s’est rendu compte trois semaines plus tard que je ne m’appelle pas Fred en recevant la licence. Il m’a demandé pourquoi et j’ai expliqué. Sauf que c’est resté. On m’appelle Fred, Freddie. Cette année, les gens et la presse ont essayé de mettre Fouad, mais tu verras toujours quelque part Fred.

Retrouvez la première partie de cet entretien : « Sortir du PSG, c’est quitter un monde artificiel » (1/2)

Fiche d’identité
Fouad Bachirou (23 ans) – Né à Valence
2006/2010 : PSG
2010 à aujourd’hui : Greenock Morton (D2 SCO) – 99 matchs – 2 buts


1 COMMENTAIRE

  1. […] PS : Un petit message de fin pour vous faire découvrir une interview de Fouad Bachirou (Morton, D2 écossaise) que j’ai réalisée : « Les fans ont fait venir ma mère de France pour mon dernier match » (2/2) […]

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