Farid El AlaguiPour la quarante-sixième et dernière journée de League One (D3), la donne est simple : le vainqueur de Brentford (3e avec 79 points) – Doncaster (2e avec 81 points) montera directement en Championship pendant le vaincu ferraillera dans l’incertitude des playoffs. L’attaquant de Brentford, Farid El Alagui (28 ans, 12 matchs et 3 buts cette saison), en a conscience. Le Franco-Marocain, de retour d’une longue blessure au genou, attend impatiemment d’en découdre à Griffin Park, qui sera comble ce samedi.

On imagine que l’effervescence doit monter autour du club à l’approche de ce match…
Ouais, on commence à la sentir ! Ça va s’intensifier toute la semaine. Le club a annoncé sur le site officiel que le stade sera plein samedi, donc on s’attend à une très grosse ambiance. Comme tu l’avais vu en venant ici, c’est un vrai piège pour les adversaires avec nos fans qui sont très près du terrain. Et plus la saison avançait, plus il y avait de monde avec les victoires. J’espère que ce sera une super fête pour Brentford, le club, les fans, le quartier (ndlr, Brentford est situé dans l’ouest londonien).  

A l’aller, Doncaster s’était imposé 2-1. C’est une équipe qui a de gros moyens financiers et qui voulait remonter immédiatement en Championship, en s’appuyant sur des joueurs d’expérience. Vous vous attendez à un match assez fermé ?
Je n’étais pas là au match aller, mais on m’avait expliqué qu’ils imposaient un gros défi physique. Ils n’hésitent pas à intimider et à chercher les fautes aux abords des 30 mètres car ils sont très dangereux sur phases arrêtées. Il ne faudra pas se laisser déstabiliser. Ils ont plus d’expérience que nous, clairement, et si on commence à faire des fautes, on ne s’en sortira pas. C’est quand même la meilleure équipe à l’extérieur. Mais on a le meilleur bilan à domicile donc il va falloir venir nous chercher (rires).

Brentford était considéré comme une bonne équipe de League One, mais ne faisait pas partie des favoris. Au fil des mois, le regard des observateurs et des clubs ont visiblement changé avec votre manière de jouer et votre parcours en FA Cup, où vous avez contraint Chelsea à un replay notamment (ndlr, 2-2 à Griffin Park et victoire 4-0 des Blues à Stamford Bridge).
Chelsea a beaucoup joué, clairement. En plus, c’est davantage eux qui ont arraché le replay chez nous que l’inverse (rires). Au début de saison, le club visait une place en playoffs. On n’était pas spécialement attendu, mais ça a rapidement changé. On a rencontré beaucoup d’équipes qui venaient ici en garant le bus devant leur gardien avec un seul attaquant (rires).

« Le club m’a dit que les supporters ont envoyé beaucoup de messages pour se plaindre de ne pas avoir assez de nouvelles quant à ma rééducation »

Et vous êtes devenus les spécialistes des retours insensés. Contre Portsmouth il y a dix jours, vous perdiez 2-1 et vous l’emportez 3-2 avec deux buts en fin de match. A Sheffield United, vous parvenez à égaliser dans les dernières minutes alors que vous jouez à 9 ! Tu mets ça sur l’état d’esprit ou sur une condition physique irréprochable ?
On aime les scénarios hitchcockiens (rires) ! Le physique joue, car on a un excellent staff et des joueurs responsables. Mais c’est surtout l’état d’esprit. Je crois qu’on a marqué 18 buts dans le dernier quart d’heure cette saison, ce n’est pas un hasard ! Les remplaçants ont aussi un rôle. Dans beaucoup de clubs, les mecs qui vont sur le banc font la gueule ou ne se sentent pas investis. Je ne te dis qu’on est content de s’asseoir sur le banc, mais le manager fait souvent tourner. On sait qu’on aura notre chance. Et vu qu’on a un super groupe, on renverse des situations folles. Je vais donner un exemple de l’état d’esprit instauré par le manager. Quand je me suis blessé, il a demandé aux joueurs de venir me voir car je ne pouvais pas vraiment bouger hors de mon domicile. A tour de rôle, ils sont tous venus. Ce n’est pas grand-chose, mais ça montre notre solidarité.

Auteur de 3 buts en début de saison avant sa blessure, El Alagui revient à point nommé pour aider ses coéquipiers. Son jeu de tête, son pressing et ses qualités de finisseur seront de sérieuses menaces pour Doncaster
Auteur de 3 buts en début de saison avant sa blessure, El Alagui revient à point nommé pour aider ses coéquipiers. Son jeu de tête, son pressing et ses qualités de finisseur seront de sérieuses menaces pour Doncaster.

En parlant de ta blessure (rupture du ligament postérieur du genou contre Crawley le 9 octobre), tu avais choisi de ne pas te faire opérer. Tu sembles avoir fait le bon choix puisque tu as même rejoué la semaine dernière.
J’avais consulté deux spécialistes. Le premier pensait que l’opération n’était pas nécessaire. Le second me disait qu’elle était obligatoire car l’articulation était trop abimée. Je touche du bois, mais j’ai écouté le bon spécialiste je crois (rires). J’avais en tête de revenir avant la fin de saison. Voir les mecs se surpasser et arracher les victoires m’a encore plus motivé. J’ai eu la chance de voir des progrès chaque semaine. J’ai rapidement pu marcher, puis avoir de plus en plus de mobilité. Je tiens aussi à remercier l’énorme travail du staff médical et le kiné. Il m’a traité comme un membre de sa famille, il m’a tout donné !
Il y avait aussi le capitaine, Kevin O’Connor, qui a connu une rupture des ligaments de la cheville. Sa présence a créé une petite compétition entre nous, notamment en salle de muscu ou dans la piscine. On remplaçait notre adrénaline des matchs par des petits défis. Le kiné faisait aussi des exercices avec nous, histoire de nous pousser encore plus. Bon, c’est clair que ce n’était pas Santa Barbara pendant six mois (rires). J’ai bossé comme un malade pour revenir et vivre ces moments. Et je reviens au top pour le plus excitant.

Beaucoup de sportifs ont parfois des problèmes de poids ou de cardio en revenant d’une aussi longue blessure. Mais tu semblais avoir gardé ta ligne d’athlète à ce que j’ai vu…
J’ai même l’impression d’avoir gagné en volume grâce à la piscine. C’est un autre sport et un autre fonctionnement pour la respiration. Je le conseille vraiment à tout le monde, ça fait un bien fou pour le corps. En cardio, je pense donc être meilleur. Niveau poids, j’ai de la chance, je ne grossis pas. Allez, j’ai peut-être pris un kilo et encore ! Pourtant, j’adore manger, il n’y a pas de souci là-dessus (rires).

« Du jardinier au propriétaire, ils ont tous la larme à l’œil quand on évoque la montée »

Tu as reçu énormément de messages de soutiens des fans sur Twitter pendant ta blessure et pour ton retour avec la réserve. As-tu été surpris qu’ils ne t’oublient pas, comme ton manager Uwe Rösler ?
Franchement, j’ai été très surpris. Je venais au stade pour suivre l’équipe et il y avait toujours des fans qui s’inquiétaient de mon état de santé et qui me demandaient une petite photo. Encore plus énorme, le club m’a dit que les supporters ont envoyé beaucoup de messages pour se plaindre de ne pas avoir assez de nouvelles quant à ma rééducation (rires). Le staff ne m’a pas laissé tomber aussi, au contraire. On m’a laissé le temps de revenir et je savais que le manager comptait toujours sur moi. Je me nourris de cette confiance, de cet amour. J’ai tellement envie de rendre à ces gens. Ils peuvent être sûrs que samedi, si je joue ne serait-ce qu’une minute, je vais avoir les crocs comme jamais !

Une montée en Championship pour Brentford, ce serait aussi la trajectoire parfaite pour toi. Et tellement inespérée quand on connaît ton parcours…
Ah ça… (Il marque une pause) Du jardinier au propriétaire, ils ont tous la larme à l’œil quand on évoque la montée. Pour Brentford, ce serait magique. Le club le mérite. J’ai trouvé une vraie petite famille ici et tellement d’amour. C’est pour ça que je vais tout faire samedi. Le risque, c’est de se faire des films et jouer le match avant. On doit faire le job, se donner à fond et rester simple.
Pour l’équipe qui ne montera pas directement, ce sera très dur moralement. Et elle devra enchaîner directement sur les playoffs, ce qui nécessitera beaucoup d’efforts psychologiques car tu dois être vidé après une telle déception. A nous de ne pas passer par là. Après, quand je regarde des matchs de Championship… On a déjà eu un aperçu à Sheffield United avec plus de 20 000 personnes au stade. C’est l’adrénaline dont tout joueur rêve je crois.

 


1 COMMENTAIRE

  1. […] postérieur du genou. « On aime les scénarios hitchcockiens », me disait-il cette semaine pour une interview à foot-anglais.com. « Les supporters ont envoyé beaucoup de messages pour se plaindre de ne pas avoir assez de […]

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