Stéphane ZubarFormé à Caen, Stéphane Zubar (26 ans) n’a pas connu une trajectoire aisée dans le milieu professionnel. Entre une pubalgie interminable et une année de salaires impayés entre la Roumanie et Plymouth, le défenseur guadeloupéen a connu l’envers du football de haut niveau. Aujourd’hui sous contrat à Bournemouth (D3), Zubar a terminé la saison en prêt à Bury (D3) avec une blessure au genou. Mais il a gardé son sourire communicatif pour se confier à foot-anglais.com.

Penses-tu que la réussite de ton frère ainé, Ronald, a incité Caen à se tourner vers les Antilles et surtout la Guadeloupe pour garnir ses équipes de jeunes ?
Il a ouvert la porte à d’autres jeunes, c’est sûr. Depuis la Coupe du Monde 1998, les clubs français ont commencé à s’ouvrir vu le nombre de joueurs antillais qui ont marqué l’équipe de France. Caen avait d’ailleurs un partenariat avec mon ancien club en Guadeloupe, le Red Star. Quand je suis venu, on était sept Antillais dans le centre de formation quand même.

Comment s’est déroulée ta formation avant de signer professionnel ?
Ce fut dur (rires). Je suis arrivé à 16 ans et je m’entraînais avec les M18. Les six premiers mois, je n’ai pas joué une minute. Le coach ne me prenait même pas sur le banc. Mentalement, il fallait être chaud pour ne rien lâcher. Déjà que le climat n’était pas top pour un Antillais (rires). En décembre, je suis allé le voir pour comprendre et il m’a répondu : « Je ne te vois pas dans mon équipe. » Il me disait que j’étais nul aux entraînements, ce qui était vrai. A l’époque, je n’étais pas un joueur d’entraînement. Je n’étais pas bien et je discutais souvent avec mon frère. Il m’a beaucoup aidé. Il voyait que je galérais et il était toujours derrière moi. Puis, il me disait qu’il avait eu le même problème pour les entraînements au début.
En janvier, j’ai pu faire mon premier match en M18 car il manquait du monde. Et j’ai finalement terminé la saison en CFA (rires).

Et tu signes finalement à 19 ans un contrat pro de trois saisons…
Exactement. Mais pour te dire la vérité, ça s’est joué à des détails, à une semaine près. J’étais stagiaire à l’époque et, en janvier, j’entends que le club parlait d’engager cinq jeunes comme professionnels. Sauf qu’il n’y avait pas mon nom. Je voulais signer pro à tout prix, j’étais venu à Caen pour ça. J’ai tout donné et ils ont finalement signé six joueurs. Ça ne se joua à rien une carrière. En plus, ils m’ont offert un beau petit contrat (rires).

« Je ne me suis pas fait opérer et le staff médical n’a pas aimé. Avec le coach, j’étais invisible, même si j’étais le meilleur à l’entraînement »

Sauf que ce bonheur n’a visiblement pas duré. Tu as rapidement été mis à l’écart…
(Il coupe) C’est ça. Avant de signer, j’avais mal aux adducteurs. On me parlait d’une opération, mais le docteur de la CFA pensait que c’était inutile, que ça ne résoudrait pas mes problèmes. Or, il était en froid avec le docteur des pros. A la reprise, j’avais toujours mal. J’ai consulté trois spécialistes. Deux m’ont dit que l’opération ne servirait à rien. Le coach, Franck Dumas, m’a mis la pression car il écoutait ses médecins. Mais j’avais 19 ans, je ne savais pas du tout quoi faire. J’ai voulu écouter mon corps car la décision me revenait. Et si tu as le moyen d’éviter l’opération, tu le fais non ?
Le staff médical n’a pas aimé et j’ai été mis à l’écart. Avec le coach, j’étais invisible, même si j’étais le meilleur à l’entraînement. Mais attention, je n’en veux pas à Franck Dumas. Je l’apprécie en tant qu’homme et en tant que coach. Il ne m’a peut-être pas donné ma chance, mais j’ai beaucoup appris avec lui : patience, maturité. Mentalement, ça m’a forgé, je suis devenu un adulte.

Stéphane Zubar ne se cherche pas d'excuses sur sa non-réussite à Caen. Il garde même une grande sympathie pour le club et ses anciens formateurs, comme Franck Dumas
Stéphane Zubar ne se cherche pas d’excuses sur sa non-réussite à Caen. Il garde même une grande sympathie pour le club et ses anciens formateurs, comme Franck Dumas

Tu as enchaîné deux prêts, Pau (National, de janvier à juin 2007 pour 10 matchs) et le FC Brussels (D1 belge, de janvier à juin 2008 pour 11 matchs). Que retires-tu de ces expériences ?
J’ai beaucoup appris car ça ne s’est pas très bien passé à Pau et à Brussels. J’avais toujours mes douleurs aux adducteurs et au pubis. A Pau, il n’y avait même pas de kiné et j’ai dû faire ma rééducation tout seul, avec le programme que m’avait donné l’osthéo de Caen. A Brussels, j’ai réussi à signer mais c’était la galère. Pendant mon essai, ils m’ont quand même dit : « On ne te veut pas ! » Six mois après mon départ du club, ils me devaient encore de l’argent ! C’est une petite mafia là-bas tu vois…
En revenant à Caen, j’ai réalisé que ce n’était pas le manque de chance, c’était de ma faute. Dans un club où il y a des joueurs moyens, je n’avais pas réussi à faire la différence. Moi, j’étais sur mon petit nuage en me disant que je vais jouer deux matchs et que mes agents vont me trouver un bon club. Dans ma tête, j’étais tranquille. Mais le haut niveau, ce n’est pas du tout ça. On peut avoir des soucis d’argent et d’autres trucs, mais il faut avant tout être bon sur le terrain. Quand je suis parti en Roumanie, j’ai commencé à jouer au foot, au vrai football. Avant la Roumanie, c’était tout sauf jouer au foot (il le répète deux fois). Je cherchais souvent des excuses. Quand je suis parti en Roumanie, j’ai vu que le football demandait beaucoup de sacrifices, que tu dois t’entraîner dur tous les jours.

« La vie à Valsui… Il n’y a rien du tout en fait. Même pour les Roumains, c’est la mort »

Justement, comment as-tu atterri à Valsui (D1 roumaine) ?
Dans le football français, j’étais mort. Les clubs avaient peur vu mes expériences à Caen et Pau, pareil pour la Belgique. Il me restait six mois de contrat. Mon agent m’a parlé de l’Europe de l’est et de Valsui, un bon petit club roumain, qui me voulait à l’essai. J’ai répondu : « Pas de souci. » L’entraîneur était Viorel Moldovan (ndlr, grand attaquant roumain passé par Coventry, Neuchâtel Xamax et Nantes notamment). Au bout de quatre jours, c’était déjà fait avec un contrat de trois ans et demi.

La présence d’un entraîneur comme Moldovan, qui parle en plus français, a dû te rassurer au moment de signer ?
Exactement. Il y avait aussi Serge Akakpo (ndr, international togolais évoluant désormais en Slovénie), ça m’a beaucoup aidé. Surtout que la vie à Valsui… Il n’y a rien du tout en fait. Même pour les Roumains, c’est la mort. En plus, j’habitais Paris avant (rires). Mais j’étais concentré sur mon football, le reste n’était pas grave. Je jouais tous les week-ends avec un coach qui me faisait confiance. Je passais même à la télé et des amis me regardaient sur internet. Franchement, j’avais l’impression de rêver ! C’est là où j’ai compris ce qu’était le football. (Il marque une pause) Depuis, j’ai tout mis de mon côté pour continuer à rêver. Tout simplement.

Défenseur central capable d'évoluer latéral droit, Stéphane Zubar a véritablement entamé sa carrière professionnelle à Valsui, en Roumanie
Défenseur central capable d’évoluer latéral droit, Stéphane Zubar a véritablement entamé sa carrière professionnelle à Valsui, en Roumanie

Avec le recul, comment juges-tu le football roumain ? La sélection ne va pas très fort, mais il y a toujours des clubs qui brillent sur la scène européenne vu le peu de moyens à disposition si on compare à l’Ukraine ou à la Russie.
Franchement, il y a un bon niveau. Mais le problème, c’est tout ce qui se passe autour. Etre coach en Roumanie par exemple, ce n’est pas facile du tout par exemple. En un an et demi, j’ai eu 5 entraîneurs (rires). Ils sont tout le temps sous pression. Les mecs ne sont pas vraiment sous contrat, le président décide de tout. C’est dur parfois de jouer là-bas, même si sur le terrain, il y a de belles équipes qui valent la Ligue 1.

C’est toutes ces « magouilles » qui t’ont incité à quitter Valsui ?
Exactement. Déjà, on avait prévu avec mon agent de ne pas rester plus de trois ans en Roumanie. Des clubs de Ligue 2 étaient intéressés, mais le président voulait beaucoup trop d’argent pour un joueur comme moi. Ça ne s’est pas fait et je voulais partir à tout prix. Il a donc arrêté de me payer à partir de ce moment. J’ai pu partir à l’essai à Plymouth (à l’époque en D3 anglaise) mais Valsui a refusé un prêt. J’ai donc envoyé une lettre à la FIFA et j’ai attendu trois mois pour rompre mon contrat. Ça a pris plus de temps que prévu, mais Plymouth était compréhensif. Sinon, il y avait un autre problème en Roumanie. En un an, on a fait 121 jours de mise au vert (rires) ! Deux jours avant chaque match et juste après la rencontre, on devait retourner à l’hôtel. Le président ne voulait pas qu’on sorte ou qu’on aille en boîte. Vu qu’il est millionnaire et qu’il a des hôtels, il contrôlait tout.

Retrouvez la deuxième partie de cet entretien ici : « Je suis passé de Porsche Cayenne à Twingo ! »

Fiche d’identité

Stéphane Zubar – Né le 9 octobre 1986 à Pointe-à-Pitre
Défenseur central/arrière droit
International guadeloupéen

2003/2009 : Caen
Janvier 2007/juin 2007 : Pau (National, prêt – 10 matchs)
Janvier 2008/juin 2008 : FC Brussels (D1 belge, prêt – 11 matchs)
Janvier 2009/juin 2010 : FC Valsui (D1 roumaine – 43 matchs, 1 but)
2010/2011 : Plymouth Argyle (D3 – 33 matchs, 2 buts)
2011/2012 : AFC Bournemouth (D3 – 22 matchs)
2012/2013 : AFC Bournemouth (D3 – 3 matchs)
Janvier 2013/aujourd’hui : Bury (D3, prêt – 7 matchs)

 


2 Commentaires

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