45567_NottinghamForest_A3_Cal_2013.inddAprès, Cédric Evina, joueur de Charlton, c’est au tour de Guy Moussi, milieu de terrain de Nottingham Forest de nous faire découvrir son actualité et le Championship ainsi que son club, Nottingham Forest. Voici la première partie de cet entretien accordé à Foot-anglais.com.  

Depuis l’été 2008, Guy Moussi arpente les pelouses du City Ground, l’antre de Nottingham Forest (D2). Marathonien de l’entrejeu, le Français a réalisé plusieurs saisons pleines avant de connaître le banc cette année, sous l’ère Sean O’Driscoll (ndlr, 6 titularisations pour 16 apparitions depuis le début de saison). Mais le retour de Billy Davies, ancien entraîneur à succès, a redistribué les cartes et ravivé les Reds. Avec six victoires consécutives et une cinquième place synonyme de playoffs, Forest et Moussi peuvent croire à ce retour en Premier League.

Départ en Angleterre
« J’ai pensé : plus tu descends de ligues, plus tu as des meurtriers »

« A la base, je ne voulais pas aller en Angleterre. Alors en D2, tu imagines (rires). Je ne voyais pas une évolution. J’avais quelques clubs de L1 intéressés, c’était mon objectif. Ça faisait six ans que j’étais à Angers. J’y ai vécu tellement de choses entre la descente, la remontée, ma première grosse blessure… J’avais besoin d’un changement, je voulais partir.

Nottingham Forest était le premier club intéressé. Mon agent m’expliquait qu’ils voulaient absolument me faire signer. Je lui ai dit catégoriquement : « Non, laisse tomber, je ne veux pas. » Il m’a dit d’y réfléchir. J’ai commencé à parler dans tout mon entourage, presque à une trentaine de personnes : famille, amis, coéquipiers. J’attendais qu’une seule personne me dise « non, n’y va pas, ce n’est pas bien », pour prendre ma décision. Et les salauds ont tous dit que je ne me rendais pas compte, que c’était super, que les stades étaient pleins et que j’allais me régaler (rires).

Je suis parti là-bas, on m’a fait visiter les installations et la salle des trophées. Ils remontaient en Championship (D2) et c’était le dernier match. Il y avait près de 30 000 personnes, une ambiance de dingue. Pour la petite anecdote, je me souviens que l’arrière gauche, Julian Bennett (aujourd’hui à Sheffield Wednesday, D2), avait marqué. Sauf qu’avant de marquer, il met un tacle incroyable à un joueur, il l’a brisé en deux. Je me suis demandé comment l’arbitre n’a pas sifflé. Juste après ce tacle, il met une énorme frappe enroulée, but ! J’étais assis sur ma chaise, j’ai mis l’accoudoir et je me suis posé : « Waaa, c’est quoi ça ? Ils vont me tuer ? » Entre joueurs français, on se disait qu’il y avait du contact en Angleterre. J’ai pensé : « Plus tu descends de ligues, plus tu as des meurtriers. »

J’avais peur qu’on ne protège pas les joueurs, mais j’ai vraiment aimé l’environnement, l’atmosphère. J’ai direct accroché à la ville aussi. Puis c’est Forest, ça reste un grand club. J’ai mis plusieurs semaines à me décider et je suis revenu. Dans le même temps, Angers avait quelques problèmes financiers. Mon départ les arrangeait. Ça m’a permis de laisser un petit quelque chose au club.

De milieu défensif à box to box
« Pendant toute ma vie, j’ai appris à rester en place et à ne jamais dézoner, donc ce n’était pas normal pour moi »

Mon jeu a changé. Le jeu à l’anglaise va beaucoup plus vers l’avant. En France, on est beaucoup sur la tactique, le respect des consignes, des zones. On se repose beaucoup sur la couverture. Même si tu fais une erreur, il y aura quelqu’un pour couvrir. En Angleterre, ça dézone souvent. Ici, si tu fais une erreur, tu dois la corriger toi-même, ce qui implique beaucoup plus d’efforts. C’est là où on voit une différence avec les managers étrangers en Premier League par exemple. Ils inculquent aux Anglais la notion d’aider son partenaire tactiquement. Donc au lieu de faire plein d’efforts et perdre sa lucidité, ton projet de jeu évolue.

Je me rappelle, j’étais beaucoup plus défensif en France. Quand je suis arrivé, on me disait d’aller beaucoup plus vers l’avant, de faire des appels en profondeur. Si je voyais un espace, je devais y aller. Ils appellent ça le box to box midfielder.
Physiquement, j’ai du coffre, je cours beaucoup, donc ça allait. Mais pendant toute ma vie, j’ai appris à rester en place et à ne jamais dézoner, donc ce n’était pas normal pour moi (rires). Ce n’était pas un problème de rythme, mais dans ma tête. Admettons que j’aille devant et que je perde le ballon, je vais laisser quelqu’un dans la merde. Petit à petit, je me suis lâché. Après ma deuxième année, j’ai commencé à vraiment évoluer comme box to box. Avant, j’étais toujours dans la discipline française.

La Championship (D2), un championnat en progression
« Des équipes vont jouer le ‘matching’, soit une défense individuelle sur tout le terrain ! »

Chaque année, que tu sois premier, relégué de Premier League ou dernier, la Championship est un championnat très, très difficile. C’est la jungle. Il n’y a pas une équipe qui va lâcher un match ou partir pour faire un nul et ne pas prendre de but. C’est un championnat qui joue au ballon en plus. Cette année, deux équipes m’impressionnent par exemple : Brighton et Watford. La Championship est tellement relevé franchement…Une équipe comme Brighton, je me régalerais de la voir en Ligue 1. Même en Premier League, elle se débrouillerait.

Des équipes comme Derby County ont cette culture de tout le temps courir. Tu as même des équipes qui vont jouer le ‘matching’. Si tu joues en 4-3-3, ils vont jouer en 4-3-3 avec les trois milieux de terrain qui ne lâchent pas les trois milieux adverses. Défense individuelle partout sur le terrain ! C’est incroyable. Je parlais récemment avec El-Hadji Diouf (Leeds, D2). Il me disait : « Je te promets que si des équipes de Ligue 1 viennent ici, ils ne vont pas s’en sortir. Même une équipe du top, ce n’est pas dit qu’elle gagne le championnat. » Il disait aussi qu’il n’avait jamais autant couru qu’en Championship.

Globalement, le niveau s’est amélioré. Quand je suis arrivé en Angleterre, je trouvais qu’ils n’étaient pas bons du tout tactiquement, mais qu’ils avaient beaucoup d’envie. Depuis, ça a évolué. Depuis qu’on a perdu les playoffs contre Blackpool (mai 2010), on a vu que ce n’était plus uniquement les équipes les plus fortes physiquement qui montaient en Premier League. Blackpool développait du bon football et ça a créé un petit tournant. Quand Swansea est monté, il fallait les voir jouer, c’était superbe (2010/2011). Norwich, ça jouait au foot aussi.

Perso, je m’éclate en Championship. On a 46 matchs et les coupes, c’est un truc de fou ! Mais même si c’est dur, c’est mortel ! Si samedi tu as perdu et tu as été mauvais, tu ne vas pas gamberger à la reprise de l’entraînement en début de semaine. Tu te remets direct dedans car mardi, il y a match. Tu finis le match, récupération, et tu as encore un match samedi. C’est dur physiquement, mais c’est bon !

Dans quelques jours, la deuxième partie de cet entretien. 


2 Commentaires

  1. […] Retrouvez également la première partie de cet entretien  […]

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